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Merry, le hobbit le plus sous-estimé du Seigneur des anneaux

Merry sert le Rohan, Pippin sert le Gondor. Portrait de celui que les films réduisent à un comparse.

Campagne anglaise vallonnée, champs cloisonnés de haies et barrière de bois, lumière de fin de journée.
Réponse rapide

Meriadoc Brandebouc, dit Merry, est un hobbit du Pays-de-Bouc, cousin de Frodo Sacquet et membre de la Communauté de l’Anneau. Souvent confondu avec Pippin, il en est l’aîné et le plus réfléchi — Tolkien le décrit comme le plus avisé des quatre hobbits. Écuyer du roi Théoden, c’est son coup d’épée qui rompt l’invulnérabilité du Roi-Sorcier et permet à Éowyn de l’abattre.

  • Pour ne plus confondre : Merry sert le Rohan, Pippin sert le Gondor.
  • Son vrai nom : Meriadoc, dont Merry est le diminutif ; le patronyme se lit Brandebouc ou Brandibouc selon l’édition française.
  • Son acte décisif : au Pelennor, il blesse le Roi-Sorcier et rompt le charme qui le rendait invulnérable.
  • À la fin du roman : Maître du Pays-de-Bouc, surnommé le Magnifique — un passage absent des films.

Merry, le hobbit qu’on confond avec Pippin

Ils arrivent ensemble, partent ensemble, se font capturer ensemble, et la caméra les cadre presque toujours dans le même plan. Résultat : beaucoup de lecteurs et de spectateurs gardent en mémoire un duo indistinct plutôt que deux personnages.

Merry, de son nom complet Meriadoc Brandebouc, appartient à la famille Brandebouc, installée au Pays-de-Bouc, à l’est de la Comté. Il est cousin de Frodo Sacquet et ami proche de Peregrin Touque, dit Pippin. Tous deux comptent parmi les neuf Marcheurs de la Communauté de l’Anneau.

La distinction tient pourtant à quelques traits très stables, et une fois qu’on les a en tête, la confusion tombe.

L’aîné

Merry

Il planifie, connaît le terrain, pose les questions utiles. C’est lui qui organise le départ clandestin de Frodo. Après Fangorn, il reste au Rohan et devient l’écuyer du roi Théoden.

Le cadet

Pippin

Il agit d’abord et réfléchit ensuite : c’est lui qui fait tomber un seau dans le puits de la Moria, lui qui regarde dans le palantír. Après Fangorn, il part pour le Gondor avec Gandalf.

Leurs trajectoires se séparent donc assez tôt dans le récit. Ils ne combattent pas dans la même armée, ne servent pas le même souverain et ne rentrent pas au même moment. Si un seul repère devait rester : Merry sert le Rohan, Pippin sert le Gondor.

Brandebouc ou Brandibouc ?

Le nom complet est Meriadoc, dont Merry est le diminutif — l’adjectif anglais signifie joyeux, et la correspondance est voulue. Tolkien pousse le procédé plus loin : dans la fiction qu’il construit autour de son texte, ces noms anglais sont eux-mêmes des traductions, le personnage s’appelant en réalité Kalimac Brandagamba, abrégé en Kali. Côté français, le patronyme apparaît sous deux formes selon les éditions : Brandebouc dans la traduction historique, Brandibouc dans la retraduction plus récente qui a révisé l’ensemble des noms propres. Aucune n’est fautive.

Le plus perspicace des quatre hobbits

C’est le point que les adaptations effacent, et il vient pourtant du texte : parmi les quatre hobbits, Merry est celui que Tolkien décrit comme le plus avisé et le plus attentif.

Le roman en donne une démonstration précoce, coupée au cinéma. Merry, Pippin et Sam n’apprennent pas par hasard le départ de Frodo. Ils l’ont observé pendant des mois, ils savent pour l’Anneau, et ils ont monté entre eux ce que le livre appelle une conspiration. Quand Frodo croit leur annoncer la nouvelle, ils lui répondent qu’ils sont au courant depuis longtemps et qu’ils partent avec lui. L’initiative vient de Merry.

Ce n’est pas un détail d’intrigue. Ça change la nature du personnage : le Merry du roman n’est pas embarqué dans l’aventure, il s’y invite en connaissance de cause, après avoir mené une enquête.

Sa connaissance du terrain sert le groupe très tôt. Le Pays-de-Bouc borde la Vieille Forêt, et c’est lui qui guide les autres dans ces premiers jours, là où quatre voyageurs de la Comté profonde se seraient perdus dès la sortie de chez eux.

Un dernier trait, complètement absent des films, achève le portrait : Merry devient plus tard un érudit. Il écrit sur les herbes de la Comté, sur le calendrier, sur les mots anciens de sa région. Le hobbit que le cinéma installe en boute-en-train finit sa vie en auteur de traités.

Fangorn

une capture qui change la guerre

L’épisode le plus important de son parcours commence par un échec complet. Merry et Pippin sont enlevés par des Uruk-hai, emmenés de force vers l’ouest, ligotés, traînés pendant des jours. Ils s’échappent à la faveur d’une attaque des cavaliers du Rohan.

Leur fuite les conduit dans la forêt de Fangorn, où ils rencontrent Sylvebarbe, le plus ancien des Ents. Ce qu’ils lui racontent — les arbres abattus, les feux, les machines, l’ampleur du saccage mené par Saroumane — pèse dans la décision des Ents de marcher sur Isengard.

C’est en étant capturés, donc au moment où ils sont le plus démunis, que les deux hobbits produisent leur effet le plus considérable sur la guerre. Aucun des deux n’a rien décidé ni rien combattu. Ils ont parlé, au bon endroit, à quelqu’un qui pouvait agir. Pour deux personnages que tout le monde traite en poids morts depuis le début du voyage, c’est un renversement assez savoureux.

C’est également à Fangorn qu’ils boivent la boisson des Ents, qui les fait grandir sensiblement. Ils dépassent ainsi la taille ordinaire des hobbits, rejoignant dans la mémoire de la Comté un ancêtre resté célèbre pour sa stature, Bandobras Touque — dit le Taureau Mugissant, un lointain cousin de Pippin assez grand pour monter à cheval.

Ils n’ont rien décidé et rien combattu. Ils ont parlé, au bon endroit, à quelqu’un qui pouvait agir.

Emma Bouchard

Le Pelennor

le geste qui fait tomber le Roi-Sorcier

Resté au Rohan, Merry prête serment au roi Théoden et devient son écuyer. Le roi lui interdit pourtant de partir au combat, le jugeant trop petit pour tenir dans les rangs. Merry rejoint l’armée malgré cet ordre, dissimulé par un cavalier qui se fait appeler Dernhelm — et qui n’est autre qu’Éowyn, elle aussi partie contre la volonté des siens.

Sur le champ de bataille du Pelennor, Théoden est frappé par le chef des Nazgûl, le Roi-Sorcier d’Angmar. Éowyn se dresse seule devant la créature, qui lui oppose la prophétie la protégeant de toute main d’homme.

C’est là que Merry intervient. Prostré au sol, terrassé par la peur que ces créatures répandent autour d’elles, il se relève et frappe le Roi-Sorcier derrière le genou avec la lame qu’il tient des Galgals — une arme ancienne, façonnée dans un royaume disparu qui avait autrefois affronté Angmar, et dont le récit laisse la nature exacte partiellement ouverte. Le coup rompt le charme qui rendait la créature invulnérable. Éowyn peut alors porter le coup décisif.

L’ordre des deux gestes compte autant que les gestes eux-mêmes. Sans l’intervention de Merry, celle d’Éowyn n’aboutit pas. Deux personnages que le récit avait maintenus à l’écart, une femme et un hobbit, viennent à bout de l’adversaire que nul homme ne pouvait abattre. La prophétie n’est pas contournée par une pirouette : elle est déjouée par ceux que personne n’avait pris la peine de compter.

Merry en sort gravement atteint. Le contact avec un Nazgûl provoque un mal particulier, une sorte de froid qui gagne le corps et l’esprit, et il faudra l’intervention d’Aragorn pour le tirer d’affaire.

Après la guerre

Meriadoc le Magnifique

Le roman ne s’arrête pas à la destruction de l’Anneau. Les quatre hobbits rentrent chez eux et découvrent la Comté occupée : arbres abattus, moulins remplacés par des bâtisses de brique, habitants soumis à un régime de petits chefs. C’est un choc, et c’est aussi le passage où le voyage prend tout son sens.

Merry et Pippin, revenus aguerris et armés, prennent la tête de la résistance et organisent la reprise du pays. Ce ne sont plus les deux hobbits chapardeurs du début : ils ont commandé des hommes, ils savent lever une troupe.

Merry devient ensuite Maître du Pays-de-Bouc, charge héréditaire de sa famille, et la Comté lui donne le surnom de Magnifique. Le Rohan, de son côté, l’a fait chevalier.

Le hobbit qui organisait un départ clandestin au début du récit organise à la fin la libération de son propre pays. La boucle est nette, et elle suffit à disqualifier le rôle de comparse qu’on lui prête.

Du roman au film

ce que l’adaptation modifie

Dominic Monaghan interprète Merry dans la trilogie réalisée par Peter Jackson, sortie au début des années 2000. L’adaptation opère plusieurs changements qui pèsent directement sur la perception du personnage.

ÉlémentDans le romanDans les films
Le départ de FrodoUne conspiration montée de longue date par Merry, Pippin et SamUne rencontre fortuite dans un champ
Le registre du duoDeux personnages distincts, dont un stratègeUn tandem comique très appuyé au début
Le retour dans la ComtéLa Comté est occupée, Merry et Pippin la libèrentSupprimé
La vie d’aprèsMaître du Pays-de-Bouc, érudit, auteur de traitésAbsente
Le geste du PelennorMerry blesse le Roi-Sorcier, Éowyn l’achèveConservé, fidèle au livre

Ces choix se comprennent dans une logique de récit resserré : trois films, une intrigue principale, pas de place pour un dernier acte. Ils produisent néanmoins un décalage réel. Le Merry du film est un compagnon attachant et courageux ; celui du livre est un stratège discret qui devient soldat, chef et érudit.

Ce qui survit intact d’une version à l’autre, en revanche, c’est le geste du Pelennor. Sur ce point, l’adaptation ne triche pas : c’est bien la lame d’un hobbit qui ouvre la brèche.

Quelle différence entre Merry et Pippin ?

Merry est l’aîné et le plus réfléchi : il planifie, connaît le terrain, pose les bonnes questions. Pippin est plus jeune et plus impulsif. Leurs routes se séparent après Fangorn : Merry reste au Rohan et devient l’écuyer de Théoden, Pippin part pour le Gondor avec Gandalf.

Quel est le vrai nom de Merry ?

Meriadoc Brandebouc, dont Merry est le diminutif — le mot anglais signifie joyeux. Tolkien présente ce nom comme la traduction d’une forme originale, Kalimac Brandagamba, abrégée en Kali. En français, le patronyme apparaît sous deux formes selon les éditions : Brandebouc ou Brandibouc.

Qui tue le Roi-Sorcier ?

Éowyn porte le coup mortel, mais elle n’y parvient que grâce à Merry. Le hobbit frappe d’abord le Nazgûl derrière le genou avec une lame venue des Galgals, ce qui rompt le charme le rendant invulnérable. Sans cette blessure préalable, l’attaque d’Éowyn n’aurait pas abouti.

Quel acteur joue Merry dans les films ?

Dominic Monaghan, dans la trilogie réalisée par Peter Jackson au début des années 2000. L’adaptation accentue le registre comique du personnage et supprime son développement final, absent des films.

Que devient Merry à la fin du roman ?

Il participe à la libération de la Comté occupée, puis devient Maître du Pays-de-Bouc et reçoit le surnom de Magnifique. Fait chevalier par le Rohan, il se consacre aussi à l’érudition et écrit sur les herbes, le calendrier et les mots anciens de son pays.

Reste une question que le roman laisse ouverte, et qui vaut pour bien d’autres récits : combien de fois avons-nous rangé quelqu’un dans la catégorie des comparses avant de découvrir que l’histoire tenait sur lui ?