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Comment attirer des coccinelles

ce qui marche vraiment

Les listes de fleurs miracles passent à côté de l’essentiel : une coccinelle ne s’installe pas dans un jardin propre.

Une coccinelle rouge à points noirs progresse sur une tige verte, au milieu du feuillage.
Réponse rapide

Pour attirer des coccinelles, il faut d’abord accepter quelques pucerons : sans proies, les larves ne se développent pas et les femelles ne pondent pas. Le reste tient à des fleurs à nectar accessible toute la saison, à l’abandon des insecticides même naturels, et à des abris laissés en place pour l’hiver.

  • Tolérer des pucerons : c’est le garde-manger qui fixe la population, pas la décoration florale.
  • Fleurir de mars à octobre : ombellifères, sarrasin, phacélie, sans trou de floraison.
  • Reconnaître la larve : ce petit alligator noir taché d’orange est le stade le plus vorace.
  • Surveiller les fourmis : elles défendent les pucerons et chassent physiquement les coccinelles.
  • Ne jamais introduire de coccinelle asiatique : son arrivée coïncide avec le déclin des espèces locales.

Ce qui attire vraiment les coccinelles

des pucerons

C’est le point qui manque à presque tous les conseils qu’on lit sur le sujet, et il change tout : une coccinelle ne s’installe pas dans un jardin propre. Concrètement, cela veut dire tolérer quelques colonies de pucerons sur un rosier, un sureau ou une fève semée exprès. Ce n’est pas un échec de jardinage, c’est ce qui fixe la population.

Des travaux publiés en 2019 sur la coccinelle à deux points l’ont montré nettement : privées de proies et nourries uniquement de fleurs, de pollen ou d’eau sucrée, aucune larve n’a dépassé le premier stade larvaire, et aucune femelle n’a pondu.

Les fleurs seules produisent donc des adultes qui survivent, mais pas de coccinelles qui grandissent ni qui se reproduisent. Il y a une différence entre faire passer un adulte chez soi et héberger une population qui boucle son cycle sur place — seule la seconde régule durablement quoi que ce soit. Et il faut accepter un décalage : le prédateur arrive toujours après la proie, jamais avant.

Les fleurs qui les retiennent, et ce qu’elles ne font pas

Cela ne veut pas dire que planter ne sert à rien. Les adultes des espèces mangeuses de pucerons consomment aussi du pollen et du nectar, et c’est ce qui les maintient en vie pendant les creux, quand les colonies ont été nettoyées et que les suivantes ne sont pas encore là.

L’effet est massif. Dans la même étude, les coccinelles nourries sur fleurs d’aneth ont vécu environ 66 jours, celles sur fleurs de sarrasin environ 56, contre à peine 5 jours pour celles qui n’avaient que de l’eau. Un jardin fleuri ne fabrique pas de coccinelles, mais il garde sur place celles qui sont arrivées au lieu de les voir repartir chercher ailleurs.

Ce qui fonctionne tient moins à une espèce miracle qu’à une forme de fleur et à un calendrier. Les ombellifères — aneth, fenouil, coriandre, carotte sauvage, achillée — offrent un nectar accessible à des pièces buccales courtes, sur une inflorescence plate qui sert de plateforme d’atterrissage. Le sarrasin et la phacélie jouent le même rôle et se sèment facilement. L’essentiel est d’avoir quelque chose en fleur de mars à octobre sans interruption, plutôt qu’une explosion en juin et plus rien ensuite. Laisser monter en fleur quelques carottes, un persil ou une coriandre du potager suffit souvent.

Le cas de la capucine

On la présente souvent comme répulsive : c’est l’inverse. La capucine attire les pucerons, ce qui en fait une plante-piège. L’idée n’a de sens que si l’on retire et détruit les pieds infestés — sinon on a simplement installé un réservoir à pucerons à côté de ses cultures.

Reconnaître une larve avant de l’écraser

La larve de coccinelle ne ressemble en rien à l’adulte, et beaucoup de jardiniers écrasent consciencieusement le stade le plus utile de l’espèce qu’ils cherchent à attirer.

Elle est allongée, molle, de 4 à 10 mm au dernier stade, gris-bleu foncé à noire, ponctuée de taches orange, jaunes ou blanches. Six pattes bien visibles, le corps hérissé de petits tubercules, très mobile sur le feuillage. La comparaison qui revient chez les naturalistes est celle d’un minuscule alligator. Rien de commun avec la petite bille rouge que tout le monde reconnaît — et c’est précisément le problème : les publications grand public illustrent presque toujours l’adulte.

Le cycle complet passe par quatre stades — œuf, larve, nymphe, adulte — et demande environ un mois selon la température et l’abondance des proies. La larve mue quatre fois, et sa consommation augmente fortement à chaque mue. Des mesures faites en laboratoire sur la coccinelle à sept points donnent l’ordre de grandeur : une vingtaine de pucerons au premier stade, une cinquantaine au deuxième, une centaine au troisième, plus de deux cents au quatrième. Soit environ 400 pucerons sur l’ensemble du développement, en conditions de proies abondantes.

Ces nombres sont plus modestes que ceux qui circulent partout — 100 par jour, 5 000 dans une vie, parfois 9 000 pendant la phase larvaire. Aucun n’a de source vérifiable, et le dernier supposerait qu’une larve de 4 mm avale plus de 400 pucerons par jour. La coccinelle mange proportionnellement à ce qu’elle trouve, jusqu’à saturation : c’est le nombre de larves qui fait la différence, pas l’appétit de chacune.

Idée reçue

Les points donnent l’âge

Faux. Le nombre de points dépend uniquement de l’espèce et se fixe avant l’éclosion. Une coccinelle sort de sa nymphe avec sa livrée définitive et ne gagnera jamais un point. Le mythe vient sans doute du fait que les taches mettent quelques heures à apparaître après l’émergence.

Alliée méconnue

La coccinelle à 22 points

Petite et jaune citron, elle ne touche pas un puceron : elle se nourrit exclusivement de champignons et consomme l’oïdium. Une alliée d’un autre genre, sur les rosiers, les courgettes ou la vigne, et qu’on aurait tort de confondre avec une intruse.

Exception

La coccinelle à 24 points

Orangée, mate et légèrement velue, elle est phytophage : elle mange des plantes et compte parmi les ravageurs de la luzerne. Sur environ 130 espèces présentes en France, le régime alimentaire varie beaucoup plus qu’on ne l’imagine.

Ce qui les fait fuir ou les tue sans qu’on s’en rende compte

Trois causes expliquent la plupart des échecs, et aucune n’est une question de plantation.

La première, ce sont les traitements. Le pyrèthre, pourtant autorisé en agriculture biologique, est un neurotoxique non sélectif : il tue les coccinelles et les syrphes exactement comme il tue les pucerons. Naturel ne veut pas dire sélectif. Le savon noir est plus nuancé mais pas inoffensif : il agit par contact sur les insectes à corps mou et peu mobiles, ce qui épargne largement les adultes à cuticule dure — mais correspond trait pour trait au profil des larves de coccinelles et de syrphes, qui vivent justement au milieu des colonies visées. Pulvériser sur une colonie de pucerons, c’est souvent pulvériser sur ses propres auxiliaires.

La deuxième est plus surprenante : les fourmis. Le mutualisme entre fourmis et pucerons est bien documenté par l’INRAE. Les pucerons, palpés par les fourmis, sécrètent un miellat sucré ; en échange, les fourmis assurent une défense agressive contre les prédateurs et les parasitoïdes. Elles saisissent les coccinelles avec leurs mandibules et les jettent par-dessus le bord de la feuille. En Europe, la fourmi noire des jardins va jusqu’à construire des manchons de terre autour des tiges pour abriter ses colonies de pucerons. Là où les fourmis tiennent une colonie, les coccinelles sont mesurablement moins nombreuses.

Il n’y a pas de parade simple, et surtout pas de bonne raison de sortir l’insecticide ou la bande de glu, qui piège sans distinction fourmis, auxiliaires et parfois davantage. Mieux vaut savoir lire la situation : un rosier couvert de pucerons et parcouru de fourmis ne sera pas nettoyé par les coccinelles, et c’est là qu’un simple jet d’eau ou le pincement des jeunes pousses infestées rend plus de services qu’une attente déçue.

La troisième cause est le jardin trop propre — feuilles ramassées, tiges coupées à ras, murets rejointoyés, lierre arraché. C’est le sujet de la section suivante.

Leur donner de quoi passer l’hiver

Les adultes hivernent en diapause, un état de dormance déclenché par la baisse des températures et le raccourcissement des jours, qui leur permet de tenir plusieurs mois sans se nourrir. Elles cherchent alors un endroit abrité et stable : litière et feuilles mortes, mousses, dessous de pierres, écorces et vieilles souches, interstices d’un muret, cœur d’un lierre ou d’un buis persistant. Elles s’y regroupent souvent par dizaines ou centaines, le groupe limitant les pertes de chaleur.

Ce regroupement est piloté par des phéromones d’agrégation déposées sur le site, qui persistent d’une année sur l’autre. C’est une bonne nouvelle pour le jardinier : un coin d’hivernage adopté a de bonnes chances de l’être encore l’hiver suivant. Cela vaut la peine de laisser un tas de feuilles sous une haie, quelques tiges creuses debout et un pan de lierre non taillé, plutôt que de tout remettre à zéro en novembre.

L’hôtel à insectes, honnêtement

Aucune étude publiée n’a testé leur taux d’occupation par les coccinelles, mais les observations convergent. Une enquête du magazine Terre Vivante a montré que les abeilles maçonnes et les guêpes solitaires colonisent volontiers ces structures, tandis que d’autres espèces, dont les coccinelles, les boudent fréquemment. Les compartiments à planchettes vendus en jardinerie sont le plus souvent vides. Un gîte bien construit et bien abrité de la pluie peut fonctionner — la LPO propose des modèles à fabriquer — mais un tas de feuilles mortes sous une haie coûte moins cher et fait mieux.

  1. Arrêter les traitements, y compris les naturels

    C’est le geste qui a l’effet le plus immédiat, et le seul qui ne demande rien d’autre que de s’abstenir. Tant que l’on pulvérise, le reste ne sert à rien.

  2. Laisser vivre une ou deux colonies de pucerons

    Sur un rosier, un sureau ou une fève semée pour ça. C’est le garde-manger sans lequel aucune population ne se maintient. Résistez à l’envie de tout nettoyer au premier puceron.

  3. Semer de quoi fleurir toute la saison

    Aneth, coriandre, sarrasin, phacélie, achillée. Visez la continuité de mars à octobre plutôt que la quantité, et laissez monter en fleur quelques légumes du potager.

  4. Regarder avant de tuer

    Apprenez à reconnaître la larve, et vérifiez la présence de fourmis sur les colonies qui ne se résorbent pas. Ces deux réflexes expliquent la plupart des échecs.

  5. Ne pas faire le ménage en novembre

    Feuilles mortes sous la haie, tiges creuses debout, lierre non taillé, vieux muret laissé tel quel. Les sites d’hivernage adoptés sont réutilisés d’une année sur l’autre.

Faut-il en acheter ?

Cela dépend entièrement de ce qu’on achète. Ce qui se vend en France, ce sont surtout des larves de coccinelle à deux points, une espèce indigène — le cas le plus défendable, puisqu’une larve ne vole pas et reste donc là où on la pose.

Encore faut-il comprendre ce qu’on achète : un traitement curatif, pas un peuplement. On dépose les larves directement sur une colonie de pucerons installée, et sans proies elles meurent sans même atteindre le deuxième stade. Une fois adultes, elles s’envolent. Le bénéfice s’arrête à la génération lâchée, et il est largement annulé si des fourmis tiennent la colonie. À l’inverse, les coccinelles adultes vendues aux États-Unis sont aspirées en masse sur leurs sites d’hivernage sauvages et livrées en état de dormance : leur pulsion de dispersion au réveil est câblée, et la grande majorité s’envole dans les deux jours, quelle que soit la nourriture disponible.

Quant à la coccinelle asiatique, son histoire est un avertissement. Importée en Europe pour la lutte biologique et commercialisée en France à partir du milieu des années 1990, elle a été remplacée en 2000 par une souche aux ailes atrophiées, développée précisément pour l’empêcher de se disséminer. Le garde-fou n’a pas tenu. Naturalisée au tournant des années 2000, elle consomme les œufs et les larves des espèces indigènes et leur transmet des parasites qui lui sont peu nocifs. Un suivi de onze ans mené en Suisse du nord-ouest montre que la coccinelle à deux points, espèce la plus abondante au début de l’étude, a quasiment disparu ensuite. La commercialisation a été stoppée aux Pays-Bas et en Belgique dès 2003-2004.

On la reconnaît à sa taille — environ 7 mm — et surtout au dessin blanc en forme de M ou de W sur le pronotum, ce petit casque noir et blanc derrière la tête, car sa coloration varie énormément d’un individu à l’autre. Elle n’est pas interdite, mais il n’y a aucune raison d’en introduire, et de bonnes raisons de s’abstenir.

Un jardin à coccinelles n’est pas un jardin sans pucerons : c’est un jardin où l’on a cessé d’intervenir assez longtemps pour que quelqu’un d’autre s’en charge.

Pourquoi je n’ai pas de coccinelles alors que j’ai des pucerons ?

Trois causes dominent. Les fourmis, d’abord : là où elles exploitent une colonie de pucerons, elles chassent activement les coccinelles et les jettent hors des feuilles. Les traitements ensuite, y compris ceux autorisés en bio : le pyrèthre tue les auxiliaires comme les ravageurs, et le savon noir atteint les larves à corps mou. Enfin le manque d’abris d’hivernage, si le jardin est nettoyé à fond chaque automne. Il faut aussi laisser du temps : le prédateur arrive toujours après la proie.

Quelles fleurs planter pour attirer les coccinelles ?

Privilégiez les fleurs à nectar accessible, surtout les ombellifères : aneth, fenouil, coriandre, carotte sauvage, achillée. Le sarrasin et la phacélie fonctionnent bien et se sèment facilement. Ce qui compte le plus n’est pas l’espèce mais la continuité : quelque chose en fleur de mars à octobre, sans trou. Laisser monter en fleur un persil ou quelques carottes du potager suffit souvent.

À quoi ressemble une larve de coccinelle ?

À rien de ce qu’on imagine. Elle est allongée et molle, de 4 à 10 mm au dernier stade, gris-bleu foncé à noire, ponctuée de taches orange ou jaunes, avec six pattes visibles et de petits tubercules sur le dos. On la compare souvent à un minuscule alligator. C’est le stade le plus vorace du cycle, et il est régulièrement écrasé par des jardiniers qui la prennent pour un ravageur.

Combien de pucerons mange réellement une coccinelle ?

Beaucoup moins que ce qu’annoncent les chiffres qui circulent. Des mesures en laboratoire sur la coccinelle à sept points donnent environ 22, 56, 107 puis 227 pucerons pour les quatre stades larvaires successifs, soit de l’ordre de 400 sur tout le développement. Les nombres du type 100 par jour ou 9 000 dans la phase larvaire n’ont pas de source vérifiable. La consommation dépend surtout de la densité de proies disponibles.

Est-ce que ça vaut le coup d’acheter des larves de coccinelles ?

C’est utile en curatif, pas en préventif. Les larves d’espèce indigène vendues en France ne volent pas et restent où on les pose, mais elles doivent être déposées sur une colonie de pucerons déjà installée, faute de quoi elles meurent rapidement. Une fois adultes, elles s’envolent : vous traitez un foyer, vous n’installez pas une population. Et si des fourmis exploitent la colonie, l’effet est largement annulé.