Exposition au musée Marmottan
la collection avant l’événement
Ici, la question n’est pas « quelle exposition » mais « quelle collection ». Ce que contient vraiment cet hôtel particulier du seizième.
Au musée Marmottan Monet, la collection permanente prime sur l’exposition temporaire. On y voit la plus grande réunion d’œuvres de Claude Monet au monde, arrivée par le legs de son fils Michel en 1966, dont Impression, soleil levant, le tableau dont le titre a donné son nom à l’impressionnisme en 1874. Le musée détient aussi la plus importante collection publique de Berthe Morisot.
- Une collection, pas une salle d’exposition : on vient d’abord pour l’accrochage permanent.
- La plus grande collection Monet au monde, dont Impression, soleil levant.
- La plus importante collection publique de Berthe Morisot, sur toute sa carrière.
- 2 rue Louis-Boilly, 16e : ouvert du mardi au dimanche, fermé le lundi.
Un hôtel particulier devenu le premier musée Monet du monde
La question que pose la plupart des visiteurs — quelle exposition est en cours ? — n’est pas la bonne pour ce musée. Au Louvre ou à Orsay, la temporaire est l’événement et la collection permanente le décor familier. À Marmottan, le rapport s’inverse : on vient d’abord pour ce qui y est accroché en permanence.
Encore faut-il comprendre comment ces œuvres se sont retrouvées là, dans une rue calme du seizième arrondissement plutôt que dans un grand établissement public.
Le bâtiment était un pavillon de chasse du duc de Valmy. Jules Marmottan l’achète en 1882. Son fils Paul, historien d’art et collectionneur, l’agrandit, le transforme en hôtel particulier et y réunit des œuvres et du mobilier de la période napoléonienne. À sa mort, il lègue l’ensemble — la maison et ce qu’elle contient — à l’Académie des beaux-arts, qui en reçoit la propriété en 1932. Le musée ouvre au public deux ans plus tard, en 1934.
À ce stade, rien n’annonce Monet. Le tournant vient de 1966 : Michel Monet, second fils du peintre, lègue au musée les œuvres de son père restées dans la famille. Une maison de collectionneur napoléonien devient alors le lieu qui détient la plus grande collection Monet au monde, une centaine d’œuvres environ.
Cette histoire par legs successifs explique le statut du lieu. Marmottan n’est pas un musée national mais une fondation privée administrée par l’Académie des beaux-arts. Elle explique aussi son échelle : on est dans une maison, pas dans un palais.
Ce que montre le fonds Monet
Une centaine d’œuvres, c’est une indication de volume, pas de contenu. Ce que le legs de Michel Monet a apporté mérite d’être décrit, parce que c’est là que se joue l’intérêt de la visite.
Le fonds réunit des toiles restées dans l’atelier du peintre, souvent celles qu’il n’avait pas vendues de son vivant, dont un ensemble de tableaux de la fin de sa vie, à Giverny. C’est une facette de Monet moins présente dans les musées qui exposent surtout ses grandes vues des années impressionnistes. On y suit un peintre qui pousse la dissolution de la forme très loin, jusqu’à des œuvres tardives où le motif se devine plus qu’il ne se lit.
Le musée conserve aussi des carnets et des objets ayant appartenu à l’artiste, qui documentent sa manière de travailler. L’ensemble ne se parcourt donc pas comme une rétrospective chronologique classique : il donne accès à l’atelier autant qu’à l’œuvre. Pour le détail de l’accrochage, qui évolue, le mieux reste de se reporter au parcours proposé par le musée le jour de la visite.
Le tableau qui a donné son nom à l’impressionnisme
Parmi cette centaine d’œuvres, une toile occupe une place à part, et pas seulement pour sa qualité : Impression, soleil levant.
Monet la peint au Havre en novembre 1872, depuis une chambre de l’hôtel de l’Amirauté, sur le Grand Quai. Le port dans la brume, deux barques, un disque orange. Rien qui annonce un manifeste.
L’histoire du titre est presque un accident. Au moment de préparer le catalogue de l’exposition de 1874 — celle de la Société anonyme des peintres, graveurs et sculpteurs, organisée dans l’atelier du photographe Nadar —, Edmond Renoir demande à Monet de remplacer « Vue du Havre », jugé trop plat. Monet répond de mettre « Impression ». Renoir complète : soleil levant.
Louis Leroy, critique au journal satirique Le Charivari, saisit le mot. Son article du 25 avril 1874 s’intitule « L’Exposition des Impressionnistes ». Le terme était moqueur ; il a été retourné, puis adopté par les peintres eux-mêmes. Voir cette toile à Marmottan, c’est se trouver devant l’objet à partir duquel un mouvement entier a été nommé.
Le 27 octobre 1985, cinq hommes armés entrent dans le musée pendant les heures d’ouverture et repartent avec neuf toiles, dont Impression, soleil levant. Les œuvres restent introuvables pendant cinq ans, jusqu’à leur découverte dans une villa en Corse en décembre 1990. Elles réintègrent le musée et sont remises en exposition permanente en 1991. Le tableau que l’on regarde aujourd’hui a passé cinq ans hors de tout circuit de conservation avant de revenir.
Ce qu’on vient voir en dehors de Monet
Réduire Marmottan à Monet serait une erreur de visite, et une injustice envers ce qui est peut-être son fonds le plus rare.
Le musée détient la plus importante collection publique au monde d’œuvres de Berthe Morisot : plus de vingt-cinq huiles et de nombreux travaux sur papier, couvrant l’ensemble de sa carrière. Morisot a exposé avec les impressionnistes dès la première exposition et n’a cessé de peindre pendant vingt ans. Nulle part ailleurs on ne peut suivre ce parcours d’un bout à l’autre. Pour qui s’intéresse à l’impressionnisme au-delà de ses figures les plus reproduites, c’est l’argument le plus fort du musée.
Deux autres ensembles complètent la visite, et surprennent souvent. La collection Wildenstein d’enluminures, d’abord : des pages de manuscrits médiévaux peintes à la main, que l’on regarde de très près pour en saisir la finesse, à l’opposé de la peinture de chevalet du reste du musée. Les collections d’art et de mobilier de la période napoléonienne réunies par Jules et Paul Marmottan, ensuite, qui ramènent le visiteur à l’origine du lieu : avant d’être un musée impressionniste, cette maison était celle d’un collectionneur d’Empire.
Les expositions temporaires
Le musée programme régulièrement des expositions temporaires, souvent monographiques, consacrées à un artiste que les grandes institutions parisiennes n’ont pas ou peu montré. La logique est cohérente avec la taille du lieu : plutôt que de rivaliser sur les grands noms, Marmottan explore ce que les autres laissent de côté.
Au moment où ces lignes sont écrites, en juillet 2026, le musée présente Giovanni Segantini (1858-1899). Je veux voir mes montagnes, du 29 avril au 16 août 2026 : la première exposition monographique parisienne consacrée à ce peintre symboliste et divisionniste, avec une soixantaine d’œuvres réunies. Cette information est datée par nature ; la programmation en cours se vérifie sur le site officiel du musée, seule source réellement à jour.
Préparer sa visite
Le musée se trouve au 2 rue Louis-Boilly, dans le seizième arrondissement, en bordure du jardin du Ranelagh. L’adresse n’est pas sur les circuits touristiques classiques, ce qui est plutôt une bonne nouvelle pour le confort de visite. Les modalités d’accès et de réservation figurent sur la page d’informations pratiques du musée, à consulter avant de partir.
À la date de rédaction, le musée est ouvert du mardi au dimanche de 10 heures à 18 heures, avec une nocturne le jeudi jusqu’à 21 heures, et fermé le lundi. Ces horaires évoluent et se confirment sur le site officiel.
Reste l’arbitrage que beaucoup font sans le formuler : Marmottan ou Orsay ? Les deux ne remplissent pas la même fonction. Orsay donne une vue d’ensemble de l’art du dix-neuvième siècle, avec l’affluence qui va avec. Marmottan est une plongée dans deux œuvres — celle de Monet, celle de Morisot — dans un cadre domestique et sans foule. Un premier contact avec l’impressionnisme s’accommode mieux d’Orsay ; une visite qui veut aller au fond de Monet se fait ici.
À retenir
Marmottan est une collection avant d’être un lieu d’exposition : la plus grande réunion d’œuvres de Monet au monde, arrivée par le legs de son fils en 1966, dans un hôtel particulier légué à l’Académie des beaux-arts en 1932.
On y voit Impression, soleil levant, la toile dont le titre a donné son nom à l’impressionnisme en 1874, volée en 1985 puis retrouvée cinq ans plus tard. On y voit surtout, et c’est plus rare, l’œuvre de Berthe Morisot dans son ensemble. La temporaire, elle, se vérifie avant de partir.
Quelle exposition est présentée au musée Marmottan en ce moment ?
À la date de rédaction, en juillet 2026, le musée présente « Giovanni Segantini (1858-1899). Je veux voir mes montagnes », du 29 avril au 16 août 2026, avec une soixantaine d’œuvres. La programmation évolue et se vérifie sur le site officiel du musée, les agendas culturels affichant souvent des expositions déjà terminées.
Où se trouve Impression, soleil levant ?
Au musée Marmottan Monet, à Paris, où l’œuvre fait partie de la collection permanente. Elle y est arrivée avec le legs de Michel Monet en 1966 et a été peinte au Havre en novembre 1872.
Pourquoi ce tableau a-t-il donné son nom à l’impressionnisme ?
Parce que son titre a servi de munition à un critique. En 1874, Louis Leroy, du journal Le Charivari, s’en empara pour railler le groupe dans un article intitulé « L’Exposition des Impressionnistes ». La moquerie est devenue le nom du mouvement, adopté ensuite par les peintres eux-mêmes.
Que s’est-il passé lors du vol de 1985 ?
Le 27 octobre 1985, cinq hommes armés sont entrés dans le musée pendant les heures d’ouverture et sont repartis avec neuf toiles, dont Impression, soleil levant. Les œuvres ont été retrouvées dans une villa en Corse en décembre 1990 et remises en exposition permanente en 1991.
Le musée Marmottan est-il un musée national ?
Non. C’est une fondation privée administrée par l’Académie des beaux-arts, qui a reçu la propriété du lieu en 1932 par legs de Paul Marmottan. Le musée a ouvert au public en 1934, ce qui explique son échelle domestique.
Marmottan ou le musée d’Orsay ?
Les deux ne remplissent pas la même fonction. Orsay donne une vue d’ensemble de l’art du dix-neuvième siècle, avec l’affluence correspondante. Marmottan est une plongée dans l’œuvre de Monet et de Berthe Morisot, dans un cadre calme. Pour un premier contact avec l’impressionnisme, Orsay convient mieux ; pour approfondir Monet, c’est ici.
Certains musées se visitent pour un événement. Celui-ci se visite pour ce qu’il garde en permanence, et c’est une autre façon de regarder.