Flèches de pierre coniques d'un sanctuaire yézidi, ornées de tissus colorés noués.
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Religion yézidie

castes, transmission orale et calendrier

Au-delà de la théologie et des persécutions déjà documentées ailleurs : comment la foi s’organise et se transmet.

Réponse rapide

La religion yézidie se transmet par voie orale plutôt que par un livre sacré unique, à travers des récitants appelés qewals. La société se structure en trois groupes héréditaires (cheikhs, pirs, mourides) avec un mariage strictement endogame, et son calendrier religieux culmine avec l’assemblée d’automne au sanctuaire de Lalish.

  • Pas de livre sacré central : la tradition se transmet à l’oral, par des récitants spécialisés.
  • Trois groupes héréditaires : cheikhs, pirs et mourides, avec un mariage strictement endogame.
  • Un calendrier propre : le mercredi comme jour sacré, le nouvel an en avril.
  • Un grand rassemblement annuel : l’assemblée d’automne au sanctuaire de Lalish.

Qui pratique la religion yézidie aujourd’hui

Les Yézidis forment une minorité ethno-religieuse kurdophone, historiquement enracinée dans la région de Sinjar et la plaine de Ninive, dans le nord de l’Irak, avec des communautés plus anciennes en Turquie, en Syrie, en Arménie et en Géorgie. Une diaspora importante existe en Allemagne depuis plusieurs décennies, encore renforcée après le génocide mené par le groupe État islamique en 2014 contre la communauté de Sinjar, épisode largement documenté ailleurs et que cet article ne développe pas à nouveau.

Ce qui distingue surtout la pratique yézidie des religions à livre unique, c’est justement l’absence d’un tel livre : la foi se transmet avant tout par l’oral, ce qui façonne toute l’organisation religieuse décrite plus bas.

Une transmission orale plutôt qu’un livre sacré unique

Deux textes sont parfois présentés comme des écritures yézidies : le Meshefa Reş (« Livre noir ») et le Kitêba Cilwe (« Livre de la révélation »). Les spécialistes s’accordent cependant à considérer que ces documents, tels qu’ils circulent aujourd’hui, ont été compilés ou rédigés tardivement, probablement à la fin du XIXe ou au début du XXe siècle, dans un contexte où des observateurs extérieurs cherchaient à consigner par écrit une tradition jusque-là orale. Ils ne jouent pas, dans la pratique religieuse yézidie, le rôle central qu’occupent la Bible ou le Coran dans leurs traditions respectives.

La transmission repose en réalité sur les qewals, des récitants religieux qui apprennent et transmettent de longs hymnes sacrés appelés qawls, souvent accompagnés d’instruments à vent et à percussion lors des cérémonies. Cette centralité de l’oral explique aussi pourquoi la religion yézidie n’a historiquement jamais cherché à faire des convertis : la foi se reçoit par la naissance et par l’écoute, pas par l’adhésion à un texte.

Groupe héréditaire

Cheikhs

Une partie de la classe religieuse, dont l’appartenance se transmet uniquement par la naissance.

Groupe héréditaire

Pirs

L’autre composante de la classe religieuse, distincte des cheikhs mais tout aussi héréditaire.

Groupe héréditaire

Mourides

La majorité de la communauté, en dehors de la classe religieuse.

Le système de castes et les règles de mariage

L’appartenance à l’un de ces trois groupes se transmet par la naissance et ne change jamais au cours d’une vie. La règle la plus stricte concerne le mariage : un Yézidi n’épouse un membre de la communauté que si ses deux parents sont eux-mêmes yézidis, ce qui exclut toute conversion, entrante comme sortante. Dans sa forme la plus rigoureuse, cette endogamie s’applique aussi entre les trois groupes eux-mêmes, un cheikh se mariant traditionnellement avec un cheikh plutôt qu’avec un mouride, même si cette règle interne connaît des variations selon les familles et les régions.

La direction religieuse

Mir et Baba Cheikh

La direction religieuse repose sur deux fonctions distinctes : le Mir, chef temporel et spirituel dont la charge se transmet héréditairement, et le Baba Cheikh, plus haute autorité religieuse.

Le calendrier religieux et les grands rassemblements

Le mercredi occupe une place à part dans le calendrier yézidi, considéré comme le jour le plus sacré de la semaine. Le nouvel an yézidi, appelé Serê Sal ou Çarşema Sor (le « mercredi rouge »), tombe le premier mercredi d’avril selon le calendrier traditionnel de la communauté et marque le renouveau après l’hiver.

Le rassemblement le plus important reste néanmoins la Cejna Cemaiyê, l’assemblée d’automne qui réunit chaque année, généralement début octobre, des pèlerins venus de toute la communauté au sanctuaire de Lalish, dans le Kurdistan irakien.

Temps fortPériodeLieu
Çarşema Sor (nouvel an)Premier mercredi d’avrilVécu dans toute la communauté
Cejna Cemaiyê (assemblée d’automne)Généralement début octobreSanctuaire de Lalish
Rite de baptême à la Source blancheAu moins une fois dans la vieSanctuaire de Lalish

Ce site abrite le tombeau du cheikh Adi ibn Musafir, figure religieuse centrale du XIIe siècle, ainsi que la Source blanche (Kaniya Spî), utilisée pour un rite proche du baptême auquel la plupart des Yézidis participent au moins une fois dans leur vie, souvent accompagné d’un parrain ou d’une marraine rituels appelés kiriv, dont le lien avec le filleul est considéré presque aussi fort qu’un lien de sang.

Les interdits et gestes quotidiens

Certaines pratiques quotidiennes sont régulièrement rapportées par les observateurs de la communauté, avec des variations importantes selon les familles et les régions, qu’il convient de ne jamais présenter comme des règles universelles. Le feu et l’eau sont généralement considérés comme des éléments purs, ce qui explique un profond respect à leur égard, notamment l’idée qu’on ne doit ni y cracher ni les souiller volontairement.

À nuancer

D’autres interdits alimentaires ou vestimentaires circulent dans la littérature sur le sujet, mais leur portée réelle et leur origine restent discutées, y compris parmi les Yézidis eux-mêmes selon les communautés d’origine. Les présenter comme des règles fixes et partagées par tous serait inexact.

À retenir

La religion yézidie ne se comprend pas seulement par sa théologie : c’est avant tout une organisation sociale héréditaire et une tradition orale, rythmée par un calendrier propre, qui a permis à la communauté de transmettre sa foi sans jamais chercher à la diffuser au-delà d’elle-même.

Les Yézidis ont-ils un livre sacré ?

Deux textes, le Meshefa Reş et le Kitêba Cilwe, sont parfois cités, mais les spécialistes considèrent qu’ils ont été compilés tardivement et qu’ils ne jouent pas le rôle central d’une écriture sainte. La transmission repose avant tout sur l’oral, portée par les récitants qewals.

Peut-on se convertir à la religion yézidie ?

Non : la religion yézidie n’accepte pas de convertis. On y appartient uniquement si ses deux parents sont eux-mêmes yézidis, ce qui exclut aussi bien l’entrée que la sortie de la communauté par choix personnel.

Quel jour de la semaine est considéré comme sacré chez les Yézidis ?

Le mercredi occupe une place particulière dans le calendrier yézidi. Le nouvel an, appelé Çarşema Sor (le mercredi rouge), tombe d’ailleurs le premier mercredi d’avril selon le calendrier traditionnel de la communauté.

Qu’est-ce que la Cejna Cemaiyê ?

C’est l’assemblée d’automne, le plus grand rassemblement religieux yézidi, qui réunit chaque année des pèlerins au sanctuaire de Lalish, généralement début octobre.

Qui est le kiriv dans la tradition yézidie ?

Le kiriv est un parrain ou une marraine rituels, désignés lors du rite de baptême à la Source blanche de Lalish. Ce lien est considéré par la communauté comme presque aussi fort qu’un lien de sang.

Une religion sans livre unique ni volonté de convertir : c’est précisément cette organisation orale et héréditaire qui a permis à la foi yézidie de traverser les siècles.